Les effets économiques des contacts entre chiites et sunnites au Pakistan

Les effets économiques des contacts entre chiites et sunnites au Pakistan

Des fidèles devant une mosquée à Islamabad, au Pakistan
Fidèles devant une mosquée à Islamabad, au Pakistan. © 2015 khlongwangchao/Shutterstock.com

Cofinancée par l'Initiative Paix et Relèvement de l'IPA, des chercheurs ont mené une étude pilote randomisée sur une intervention de contact intergroupe entre membres de sectes sunnites et chiites au Pakistan afin d'évaluer si elle améliorait l'harmonie communautaire et réduisait les tensions économiques. Les préjugés envers la communauté minoritaire ont diminué lorsque les participants ont écouté un imam promouvoir l'harmonie interconfessionnelle et prié avec un fidèle de cette communauté.

Le clivage sectaire entre chiites et sunnites au sein de l'islam est une source majeure de tensions au Pakistan, alimentant la violence dans des districts comme Haripur, où la communauté chiite minoritaire est de plus en plus ciblée par des organisations extrémistes. Si les programmes de contact intergroupes sont souvent utilisés pour apaiser ces tensions, les recherches se sont principalement concentrées sur les groupes intercastes, interraciaux et interconfessionnels, laissant un vide important dans les données probantes sur les différences intrareligieuses. Cette étude est l'une des premières à évaluer une intervention explorant les différences intrareligieuses chez des adultes de tous âges et de tous milieux socio-économiques dans un pays en développement.

Des chercheurs ont mené une étude pilote randomisée sur une intervention entre membres des sectes sunnites et chiites au Pakistan afin d'évaluer son impact sur l'harmonie communautaire et les tensions économiques. Ils ont conçu trois interventions tirant parti des différences visibles entre les mouvements de prière des chiites et des sunnites, s'attaquant ainsi à une source commune de tension : les idées fausses sur les pratiques de prière de chaque secte. Les chercheurs ont sélectionné 24 mosquées sunnites dans 10 villes et villages de Haripur. Au total, 302 fidèles ont été répartis aléatoirement dans les groupes suivants :

  • Groupe 1:  Des fidèles bénévoles ont assisté aux prières dans les mosquées de la secte opposée deux fois par jour pendant dix jours.
  • Groupe 2:  L'imam, chef de la mosquée, a lu un verset unificateur du Coran, promouvant l'harmonie intersectaire avant les prières.
  • Groupe 3: Les participants ont reçu les deux interventions une et deux
  • Groupe 4: Groupe de comparaison sans intervention

Les chercheurs ont mesuré les croyances et les préférences des fidèles pour chaque secte au moyen d'enquêtes menées avant et après l'intervention. Pour évaluer les résultats économiques du programme, ils ont utilisé des jeux incitatifs et des mesures d'activité économique concrètes, offrant l'un ou les deux bons d'achat suivants après l'intervention :

  • Bon de réservation : Chaque fidèle pouvait choisir entre une réduction de 20 % sur les livres concernant sa secte ou une réduction de 80 % sur les livres concernant la secte opposée.
  • Bon de réduction pour plombier : Un sous-ensemble de participants a reçu un bon pour des services de l'un des deux plombiers, avec des noms visiblement associés à chaque secte.  

Des effets significatifs n'ont été observés que lorsque les deux interventions – prier avec un membre de la secte opposée et écouter un message d'unité de l'imam avant la prière – étaient menées simultanément. L'intervention combinée a incité davantage de participants à « changer » de religion, c'est-à-dire à choisir des bons d'échange de la secte opposée. Il est à noter que les personnes les plus conservatrices au début de l'intervention étaient plus difficiles à influencer. Les chercheurs suggèrent que les mosquées publiques pourraient intégrer ces interventions – en diffusant des messages d'harmonie religieuse et en encourageant les fidèles à fréquenter les mosquées des autres – afin de contribuer à réduire les tensions interconfessionnelles.


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