Impacts de l’apprentissage en alternance combinant formation en entreprise et formation professionnelle en Côte d'Ivoire

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Dans cette image : Un jeune apprenti mécanicien en Côte d'Ivoire. ©Bureau de Coordination des Programmes Emploi (BCP-Emploi) et AGEFOP.

Le défi

En Côte d'Ivoire, comme dans de nombreux pays à revenu faible ou intermédiaire, l'apprentissage traditionnel constitue l’une des formes les plus répandues de formation professionnelle, en particulier pour les jeunes qui n’ont pas achevé leurs études primaires ou secondaires. En Afrique, les apprentis en formation traditionnelle sont jusqu’à quatre fois plus nombreux que les jeunes inscrits dans les écoles de formation professionnelle1. Ces apprentissages reposent sur une formation pratique en entreprise, généralement au sein de petites structures informelles, à travers des accords privés passés entre les jeunes (ou leurs parents) et les maîtres artisans ou employeurs. Une enquête menée dans le cadre de l’évaluation révèle que les apprentis traditionnels représentent plus de la moitié de la main-d’œuvre dans les entreprises, avec en moyenne 3,4 apprentis pour un total de 6,4 employés par structure.

Les systèmes d’apprentissage sont confrontés à plusieurs défis : certains jeunes peuvent ne pas être en mesure d’accéder à l’apprentissage en raison du coût d’entrée ou d’une faible rémunération, les entreprises peuvent être réticentes à former des apprentis et il peut être difficile de mettre en relation les jeunes intéressés avec des entreprises disposées à le faire3. Pour relever ces défis, le gouvernement ivoirien a lancé en 2011 un programme d’apprentissage formel dans le cadre de son Projet d’urgence pour l’emploi et le développement des compétences des jeunes (PEJEDEC) 4. Le programme reposait sur deux composantes principales : une subvention mensuelle de 30 000 francs CFA(environ 54 dollars US, soit la moitié du salaire minimum formel) versée aux apprentis ; une formation en alternance, combinant formation en entreprise et cours dans des centres de formation professionnelle. Le programme a également introduit des contrats d’apprentissage ainsi qu’un système de certification.

L'intervention

Le gouvernement de la Côte d’Ivoire (à travers le BCP-Emploi et l’Agence nationale de la formation professionnelle – AGEFOP), la Banque mondiale et IPA Côte d’Ivoire ont collaboré pour évaluer le programme d’apprentissage en alternance. L’étude a porté sur 1  832 jeunes candidats et731entreprises situées dans sept zones urbaines de Côte d’Ivoire ayant participé à l’une des premières phases du programme. Les jeunes intéressés ont été répartis aléatoirement entre un groupe qui a reçu le programme et un groupe de comparaison, tandis que les entreprises ont été assignées au hasard pour accueillir ou non des apprentis formels.

Résultats

Le programme a permis d’augmenter le nombre total de jeunes engagés dans une formation en apprentissage, en aidant les entreprises à pourvoir de nouveaux postes, avec très peu de substitution entre apprentissage formel et traditionnel. La participation des jeunes à une formation en apprentissage a augmenté de 52.8 points de pourcentage au cours du programme. Cette hausse est principalement due à une augmentation de 71.2 points de pourcentage dans les apprentissages formels, partiellement compensée par une baisse de 18.5 points de pourcentage dans les apprentissages traditionnels. Fait important : seuls 26 pour cent des jeunes ayant intégré un apprentissage formel seraient entrés dans un apprentissage traditionnel en l’absence du programme. Cela montre que le programme a principalement touché des jeunes qui, autrement, n’auraient eu accès à aucune formation en apprentissage.

Le programme a créé de nombreuses nouvelles opportunités de formation, sans se limiter à remplacer les postes existants. Chaque poste d’apprenti formel subventionné par le programme a remplacé seulement 0.23 poste d’apprentissage traditionnel, ce qui correspond à une création nette de 74 à 77 pour cent de nouveaux postes d’apprentis pour les entreprises.

Les bénéfices économiques pour les participants ont été importants et durables. Quatre ans après le lancement du programme (soit environ deux ans après sa fin), les participants gagnaient en moyenne 15 pour cent de plus que les non-participants. Cette hausse des revenus s’explique par le développement de compétences spécifiques que les participants n'acquièrent généralement pas dans le cadre d'un apprentissage traditionnel, leur permettant de réaliser des tâches plus complexes et non routinières, améliorant particulièrement leur productivité dans le cadre d’activités indépendantes.

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Références

1 Deon Filmer et al., « L’emploi des jeunes en Afrique subsaharienne » (Washington, DC : Banque mondiale, 2014), Série Développement Afrique.

2 Richard Walther, « Vers un renouveau de l'apprentissage en Afrique de l'Ouest » (Paris : Agence Française de Développement, 2008).

3 Morgan Hardy et Jamie McCasland, « Les petites entreprises sont-elles soumises à des contraintes de main-d'œuvre ? Preuves expérimentales du Ghana », American Economic Journal : Applied Economics 15, n° 2 (2023) : 253-284.

4 Le Projet Emploi Jeunes et Développement des Compétences vise à améliorer l’accès des jeunes femmes et hommes, âgés de 18 à 40 ans, à des opportunités d’emploi temporaire et à des activités de développement des compétences, quels que soient leurs niveaux de qualification. Le projet s’adresse aux jeunes au chômage ou en situation de sous-emploi sur l’ensemble du territoire ivoirien.


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