Perceptions, pas capacités : comprendre les croyances liées au genre dans les choix de carrière en informatique au Panama

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Dans cette image : Un laboratoire informatique dans une université de Panama City. © 2023 Zeluloidea/Shutterstock

La Problématique

Alors que la technologie transforme les économies, le secteur des technologies de l'information (TI) offre de belles perspectives de carrière aux jeunes. Pourtant, l'accès à ces opportunités est inégal : les femmes ne représentent qu'environ 35 % de la main-d'œuvre technologique mondiale. L'entrée dans ce secteur dépend souvent des réseaux professionnels qui diffusent l'information sur les postes vacants et influencent les perceptions quant à la place des TI. Dans les secteurs à prédominance masculine, cette dynamique risque de renforcer les stéréotypes de genre et de limiter les opportunités économiques des femmes.

Ces dynamiques peuvent se jouer différemment chez les jeunes sans réseau professionnel établi. Au Panama, environ 25 % des jeunes ne sont ni scolarisés, ni employés, ni en formation (NEET), ce qui les prive des voies d'accès à des secteurs en pleine croissance comme l'informatique. Combler ce fossé est une priorité à la fois économique et sociale : sans action, les secteurs prometteurs pourraient avoir du mal à trouver des talents, tandis qu'une génération de jeunes reste exclue. Pour y remédier, l'organisation de développement de la jeunesse Glasswing International propose un programme de formation professionnelle informatique de six mois aux jeunes diplômés du secondaire actuellement NEET. En raison de leur statut, ce groupe n'a ni expérience ni réseau professionnel par rapport aux salariés. Mais même dans ce cas, des questions subsistent : les perceptions sexistes des capacités et des préférences continuent-elles de façonner les choix et de limiter la participation des femmes dans l'informatique ?

L'évaluation

En collaboration avec l'IPA, des chercheurs ont examiné les croyances liées au genre chez les candidats au programme de formation professionnelle en informatique de Glasswing International. Pour ce faire, ils ont collecté des données via des téléphones portables et utilisé des incitations financières pour recueillir des informations sur les capacités cognitives générales des hommes et des femmes, leurs compétences spécifiques en informatique et leurs préférences pour les tâches liées à l'informatique. Au total, 244 candidats ont participé à l'étude.

Dans un premier temps, les chercheurs ont examiné les croyances de premier ordre, c'est-à-dire les propres croyances des participants sur les capacités et les préférences des hommes et des femmes. Afin de générer des critères de référence, un petit groupe de candidats éligibles avait préalablement passé des tests d'aptitudes cognitives générales, d'aptitudes informatiques spécifiques et une tâche de classement. Les participants à l'étude ont reçu la description de ces tâches et ont été invités à indiquer qui, selon eux, obtenait les meilleurs résultats : un homme ou une femme choisi(e) au hasard dans le groupe de référence. Ils ont déclaré trois croyances (aptitudes cognitives, compétences informatiques et préférences), et l'un d'eux a été sélectionné aléatoirement pour être rémunéré selon une règle de notation, ce qui lui permettait de gagner jusqu'à 5 USD.

Les chercheurs ont ensuite examiné les croyances de second ordre, c'est-à-dire ce que les participants pensaient que les autres pensaient des différences entre les sexes en matière de capacités cognitives générales. Les participants ont été informés que d'autres avaient répondu précédemment aux mêmes questions sur les croyances de premier ordre, puis invités à deviner la réponse choisie par un homme et une femme choisis au hasard. L'une des croyances de premier ordre était tirée au sort et rémunérée, et les participants pouvaient gagner 5 USD pour avoir deviné correctement la réponse des autres.

Enfin, pour confirmer que les croyances concernant les aptitudes et l'intérêt prédisaient les croyances concernant la candidature au programme, les chercheurs ont demandé aux participants de parier sur les décisions de candidature de 20 paires de noms sélectionnées au hasard (10 mixtes, 5 femmes-femmes, 5 hommes-hommes) en identifiant une personne de chaque paire. Si la personne choisie postulait ultérieurement au programme, les participants gagnaient 5 USD.

Résultats

Les résultats suggèrent que la sous-représentation des femmes dans l'informatique pourrait provenir moins de doutes quant à leurs compétences que de perceptions de leurs préférences professionnelles. En moyenne, les participants estimaient que les femmes avaient de meilleures compétences cognitives générales et spécifiques à l'informatique que les hommes. Cependant, ils pensaient également que les hommes étaient plus intéressés par les tâches informatiques et qu'ils étaient plus susceptibles de postuler à des formations informatiques. Cette perception – selon laquelle les femmes sont moins enclines à travailler dans l'informatique – pourrait jouer un rôle plus important dans l'exclusion des femmes du secteur que les a priori sur leurs compétences.

L'étude a également révélé d'importantes dynamiques dans la perception que les individus ont du genre. Les participants anticipaient à juste titre que les femmes percevraient les femmes comme ayant des capacités cognitives générales supérieures. Cependant, les hommes ont considérablement sous-estimé l'opinion de leurs pairs : ils supposaient que les autres hommes favorisaient les hommes bien plus qu'eux en réalité. Ce « faux consensus » suggère que les hommes surestiment peut-être les préjugés sexistes au sein de leurs réseaux, ce qui peut influencer leurs propres attitudes et comportements.

Enfin, l'évaluation a montré que la collecte de données par le biais d'enquêtes téléphoniques mobiles avec incitations peut être à la fois rentable et fiable. Les participants ont compris les instructions, rencontré peu de difficultés techniques et fourni des réponses cohérentes. Cette méthode pourrait donc être appliquée à d'autres interventions ou contextes nécessitant une collecte de données peu coûteuse et évolutive.


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