Une expérience médiatique de masse pour réduire la violence à l'égard des femmes dans les zones rurales de l'Ouganda

Une expérience médiatique de masse pour réduire la violence à l'égard des femmes dans les zones rurales de l'Ouganda

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Une campagne vidéo de masse diffusée sur un écran de télévision en Ouganda. © 2018 IPA Ouganda
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Une campagne vidéo de masse diffusée sur un écran de télévision en Ouganda. © 2018 IPA Ouganda
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Les gouvernements et les organisations du monde entier utilisent la messagerie médiatique pour effectuer des changements de comportement et d'attitude. En Ouganda, Innovations for Poverty Action a travaillé avec des chercheurs pour évaluer si des vidéos encourageant les communautés à parler et à lutter contre la violence à l'égard des femmes (VFF) dans le ménage pouvaient changer les comportements, les attitudes et les normes liées à la VFF. Dans les enquêtes menées huit mois après l'intervention, la proportion de femmes qui ont signalé une violence à l'égard des femmes dans leur ménage au cours des six mois précédents était considérablement plus faible dans les villages où les vidéos ont été projetées que dans les villages assignés au hasard au groupe de comparaison. L'impact semble être dû à une réduction de la perception que ceux qui dénoncent la violence feront face à des sanctions sociales. Les résultats suggèrent que l'éducation-divertissement a le potentiel de réduire considérablement l'incidence de la violence à l'égard des femmes de manière durable et évolutive.

Question de politique

La violence à l'égard des femmes (VAF) au sein du ménage, y compris les abus physiques, sexuels et émotionnels par un partenaire intime, est un problème répandu qui, selon les estimations, touche la vie de 30 % des femmes dans le monde.1 Dans les pays en développement, ceux qui ont la capacité d'intervenir et d'arrêter la violence - comme la police ou, plus communément, les autorités locales - sont souvent empêchés de le faire en raison d'un manque d'informations. La nature privée de la VCF associée à la réticence des témoins fait qu'il est difficile pour les intervenants potentiels de détecter et de traiter les incidents de VCF là où ils se produisent. Les médias de masse peuvent constituer un moyen de lutter contre la VCF dans des contextes confrontés à de telles difficultés, soit en diminuant l'acceptabilité sociale des comportements liés à la violence domestique et à la discrimination fondée sur le sexe, soit en augmentant la volonté des victimes et des passants à se manifester et à signaler les cas de violence. Malgré l'utilisation généralisée de telles campagnes de messagerie, il existe peu de preuves de leur efficacité. Cette recherche vise à aider à combler cette lacune en fournissant des preuves rigoureuses sur l'impact d'une campagne médiatique de masse contre la violence à l'égard des femmes dans le contexte de l'Ouganda rural.

Contexte de l'évaluation

Les salles vidéo, connues sous le nom de bibanda, sont omniprésents dans les zones rurales de l'Ouganda. Ils accueillent généralement 10 à 50 personnes et sont situés au centre d'un village ou d'un centre commercial. Étant donné que peu de foyers ruraux en Ouganda possèdent des téléviseurs, bibanda sont des endroits populaires pour regarder des films et du football, en particulier chez les jeunes hommes.

Des sondages d'opinion représentatifs à l'échelle nationale suggèrent que certaines formes de violence contre les femmes sont largement considérées comme légitimes en Ouganda.2 Cependant, toutes les violences ne sont pas tolérées. Alors que 31 % des personnes interrogées dans notre étude ont déclaré qu'un mari a raison de battre sa femme lorsqu'elle lui désobéit, seuls 2 % toléreraient la violence perçue comme plus grave que les gifles. Quatre-vingt-huit pour cent ont déclaré que d'autres devraient intervenir pour arrêter la violence.

Néanmoins, près d'un tiers des femmes ont déclaré en 2011 avoir subi des violences telles que des coups de poing ou des menaces avec un couteau.3 Les communautés ne semblent pas en mesure d'empêcher de telles violences, en partie parce que les témoins ne parlent pas : seulement un quart des personnes interrogées dans notre étude ont déclaré qu'elles diraient aux autorités si leur cousin avait été battu par son mari. Seul un sur dix le signalerait à la police. Une justification courante de la rétention d'informations était la peur d'être qualifié de commérage.

Détails de l'intervention

Innovations for Poverty Action a travaillé avec des chercheurs pour mener une évaluation aléatoire dans des villages du centre de l'Ouganda mesurant l'impact d'une campagne vidéo de masse conçue pour convaincre le public que la VCF est courante et qu'il doit en parler lorsqu'il en apprend l'existence.

Trois courtes vidéos anti-VAW ont été produites en collaboration avec Peripheral Vision International. D'une durée de 4 à 8 minutes chacune, les vidéos dépeignaient la violence mortelle d'un mari envers sa femme et appelaient les téléspectateurs à parler de VCF afin d'empêcher qu'elle ne dégénère. 

Le public a vu les vidéos via des festivals de films organisés à bibanda dans 112 villages ruraux. Chaque village de l'étude a présenté un festival du film comprenant six films hollywoodiens populaires sans rapport avec la VCF qui ont été projetés une fois par semaine pendant des week-ends consécutifs de juillet à septembre 2016. Dans 48 villages sélectionnés au hasard, les trois courtes vignettes vidéo sur la VCF ont été insérées dans l'entracte de le film hollywoodien. Dans les 64 autres villages, les festivals de cinéma présentaient des vignettes vidéo sur d'autres problèmes sociaux (l'absentéisme des enseignants ou la stigmatisation liée à l'avortement), ou seulement les films hollywoodiens sans aucune vignette vidéo. Ces 64 villages constituent ainsi un groupe de comparaison qui a reçu un festival de films « placebo » sans rapport avec la VCF. 

Comme c'est généralement le cas en Ouganda, les films hollywoodiens ont été racontés par un VJ qui a ajouté son propre commentaire au scénario du film. Contrairement à la plupart des divertissements projetés dans bibanda, cependant, les vidéos anti-VAW ont été produites dans la langue locale (luganda) en utilisant des acteurs locaux, permettant aux villageois de s'identifier aux personnages des vidéos.

L'admission aux festivals de cinéma était gratuite pour encourager la participation d'un large public et a notamment réussi à attirer les femmes (31 % de tous les participants). Les projections ont été annoncées à l'aide d'affiches, de dépliants, d'annonces via des systèmes d'adresses communautaires et du bouche-à-oreille. Au total, plus de 10,000 670 adultes ont assisté à XNUMX projections de films.

L'équipe de recherche a interrogé 6,449 2 personnes dans tous les villages à travers deux vagues d'enquêtes menées 8 et XNUMX mois après les festivals de cinéma. Fait important, les enquêtes ont été présentées comme des sondages d'opinion sans rapport avec la campagne vidéo. Les questions mesuraient le comportement et les attitudes d'un échantillon aléatoire d'adultes vivant dans la zone de chalandise de la salle vidéo, indépendamment de leur fréquentation du festival. Les répondants incluent donc non seulement ceux qui ont assisté aux dépistages, mais aussi leurs voisins, les dirigeants communautaires et les agents de santé du village.

Résultats et enseignements politiques

Les vignettes anti-VAW ont considérablement réduit la probabilité que la VAW se produise dans les villages où les vignettes ont été diffusées. Les résultats suggèrent que cette réduction peut s'être produite parce que les vidéos ont réduit la perception que ceux qui parlent de VCF feront face à des sanctions sociales et ont ainsi augmenté la volonté des individus de signaler les incidents de VCF.

Impact sur les incidents violents: Huit mois après la diffusion des vignettes anti-VFF, les femmes du groupe de traitement étaient 5 points de pourcentage moins susceptibles d'indiquer qu'une femme de leur ménage avait subi des violences au cours des six mois précédents par rapport au groupe de comparaison. Environ 20 pour cent des femmes interrogées du groupe de comparaison ont déclaré qu'il y avait eu au moins un cas de violence à l'égard des femmes dans leur ménage au cours des six mois précédents. La campagne a ainsi réduit d'environ un quart la proportion de femmes interrogées qui ont signalé des violences dans leur ménage. Ces estimations impliquent que la campagne a empêché les femmes de subir des violences dans environ six ménages dans chacun des 48 villages où la campagne anti-VAW a été mise en œuvre.

Impact sur les normes sociales et les attitudes: Parmi les hommes et les femmes qui ont regardé les vidéos, il y a peu de preuves que les vidéos anti-VFF aient eu un effet sur les attitudes concernant la légitimité de la VCF ou sur les perceptions quant à savoir si d'autres membres de la communauté considèrent la VCF comme un comportement légitime. Il n'y a pas non plus de preuves statistiquement significatives en faveur d'une empathie accrue pour les victimes de VCF ou d'un changement dans leurs perceptions quant à savoir si les actes initiaux de violence domestique sont susceptibles de dégénérer.

Le canal causal le plus plausible de la réduction de la VCF semble être un changement dans la volonté des victimes et des passants à parler de la violence. Les hommes et les femmes qui ont regardé les vidéos anti-VCF étaient plus disposés à signaler les cas de VCF aux autorités du village. Cet effet était particulièrement prononcé chez les femmes : lorsqu'on leur a demandé si elles signaleraient un incident hypothétique de violence à l'égard des femmes dans une gamme de scénarios différents, deux mois après la campagne, les femmes du groupe de traitement étaient 9 points de pourcentage (22 %) plus susceptibles que celles du groupe groupe de comparaison pour dire qu'ils signaleraient la violence dans tous les scénarios. Huit mois après la campagne, cette volonté est restée plus élevée dans le traitement que dans la comparaison par une marge de 13 points de pourcentage (35 %). Cette volonté accrue de signaler la VCF peut être liée à un changement simultané dans les conséquences sociales perçues de la prise de parole, en particulier chez les femmes. Les femmes qui ont regardé les vidéos anti-VAW étaient 11 points de pourcentage (18%) moins susceptibles de croire qu'elles subiraient des répercussions sociales, telles que des réprimandes pour des commérages, pour être intervenues dans un incident de VAW. 

Rapport coût-efficacité: Le coût total de l'écriture, du tournage, du montage et de la distribution de la séquence de vignettes VFF utilisées dans cette étude était de 15,000 XNUMX $, ce qui en fait une approche évolutive et rentable pour réduire la VFF dans les zones rurales. Des recherches supplémentaires sont nécessaires afin d'évaluer correctement divers aspects de la mise en œuvre de campagnes médiatiques de ce type, tels que le nombre et le cadre des projections vidéo.

Sources

1. Devries, Karen M, Joelle YT Mak, Claudia Garcia-Moreno, Max Petzold, James C Child, Gail Falder, Stephen Lim, Loraine J Bacchus, Rebecca E Engell, Lisa Rosenfeld et al. 2013. "La prévalence mondiale de la violence conjugale contre les femmes." Sciences 340 (6140): 1527–1528.

2. Enquêtes démographiques et de santé 2011-2015. Bureau ougandais des statistiques. https://dhsprogram.com/publications/index.cfm

3. Enquête démographique et sanitaire 2011. Bureau ougandais des statistiques. https://dhsprogram.com/pubs/pdf/fr264/fr264.pdf

Le 04 janvier 2018