Un engagement gouvernemental soutenu améliore la communication ultérieure des risques de pandémie dans les zones de conflit : le cas des Philippines
Le partage d'informations au sein des communautés est crucial pour la capacité d'un gouvernement à répondre à une catastrophe ou à une urgence sanitaire, telle qu'une pandémie. Cependant, dans les zones de conflit, les citoyens et les dirigeants locaux se méfient souvent des institutions étatiques et hésitent à coopérer, ce qui risque d'entraîner des retards coûteux et des lacunes en matière d'information. Nous présentons les résultats d'une évaluation randomisée menée aux Philippines concernant les efforts déployés par le gouvernement pour fournir des services et instaurer un climat de confiance avec les communautés rurales d'une région touchée par un conflit. Nos résultats montrent que le programme de sensibilisation a augmenté de 20 % la probabilité que les chefs de village fournissent des informations urgentes sur les risques pandémiques, essentielles à la cellule de crise régionale Covid-19. Cet effet est le plus marqué chez les chefs qui, initialement, étaient sceptiques quant aux capacités et à l'équité du gouvernement et avaient une attitude neutre ou positive envers les rebelles. L'analyse des mécanismes suggère que les chefs du groupe d'intervention ont revu leur perception de la compétence du gouvernement et indique que ni l'amélioration de la sécurité ni la mainmise des rebelles sur les projets ne sont des facteurs déterminants. Ces résultats soulignent le rôle important que peuvent jouer les efforts du gouvernement pour établir des liens avec les communautés touchées par un conflit et influencer les résultats en matière de santé publique lors de situations d'urgence nationale.
Dans une étude de suivi à paraître, les chercheurs ont constaté que les perturbations majeures du programme en mars 2020, dues à la pandémie, ont entraîné un renversement et une stabilisation des effets positifs. Bien que le programme ait initialement accru la coopération des dirigeants locaux et renforcé la perception de la capacité de l'État, l'interruption des services a inversé ces effets positifs, provoquant une perte de confiance et des attentes croissantes, finalement non satisfaites, quant à la capacité, aux efforts et à l'équité du gouvernement. Après la reprise du programme, les attitudes et les comportements (confiance dans les services publics et rapports des dirigeants) dans les communautés d'intervention se sont partiellement rétablis, sans toutefois atteindre les niveaux positifs observés avant l'arrêt, révélant la fragilité des améliorations de la légitimité de l'État. Globalement, les résultats indiquent que les cycles de crise et de perturbation peuvent anéantir les effets, même des programmes gouvernementaux les plus populaires et efficaces, dans les zones de conflit.
L’IPA a soutenu les activités préliminaires de cette étude entre 2018 et 2019, notamment la mise en place de partenariats et l’élaboration d’un instrument d’enquête.
Lisez l'interview des chercheurs ici.











