Technologie de libération ou de contrôle ? : Les effets asymétriques d’Internet sur les conflits politiques
Au cours des deux dernières décennies, internet et les réseaux sociaux se sont rapidement développés aux quatre coins du monde. Si ces nouvelles technologies ont libéralisé l'accès à l'information et aux canaux de communication, elles ont également introduit de nouvelles plateformes de surveillance et de propagande. De ce fait, internet peut être qualifié d'« arme à double tranchant » pour la société, engendrant de nouvelles libertés autant que des formes d'oppression. Cette dualité est particulièrement manifeste au Myanmar, où la majorité de la population a découvert internet au cours des dix dernières années. Dans cet article, les chercheurs utilisent un modèle de différences-en-différences (DiD) pour estimer empiriquement les effets d'internet en exploitant les variations géographiques d'accès ainsi que les variations temporelles de l'exposition.
Leurs recherches montrent que la réduction de l'accès à Internet entraîne une diminution de la fréquence des manifestations – mais pas des autres formes de conflits politiques – dans les mois qui suivent un coup d'État militaire. Cependant, à mesure que les libertés numériques se restreignent, cet effet sur les manifestations disparaît. Les chercheurs avancent que cette évolution s'explique par une transformation de la nature du discours politique en ligne. De plus, à long terme, ils constatent que l'accès à Internet est associé à une augmentation des violences politiques et à un renforcement du contrôle militaire au Myanmar. Dans l'ensemble, ces résultats démontrent qu'Internet peut être à la fois un outil de libéralisation et d'oppression, selon la capacité du gouvernement à surveiller et à influencer le réseau. Ces conclusions sont particulièrement pertinentes pour les économies en développement où l'accès généralisé à Internet est relativement récent.
L’IPA a soutenu le développement initial de cette étude en 2022, notamment la conception de la recherche, l’établissement de partenariats et la collecte préliminaire de données afin de mieux comprendre la dynamique du conflit au Myanmar et le rôle des médias sociaux. L’IPA a en particulier appuyé la collecte initiale d’informations sur la localisation des antennes-relais de téléphonie mobile et les coupures d’internet au Myanmar après le coup d’État, ainsi que la collecte de données sur l’activité Facebook liée à ce coup d’État.
Liens
Découvrez le projet dans ce document. Blog de la Banque mondiale.











