Comprendre l'impact de l'offre de prêts sur la traite des êtres humains en Inde

Comprendre l'impact de l'offre de prêts sur la traite des êtres humains en Inde

Ouvriers du bâtiment sur un chantier. Il ne s'agit pas d'un cas avéré de traite d'êtres humains. © Myjourney (Adobe Stock)
Ouvriers du bâtiment sur un chantier. Il ne s'agit pas d'un cas avéré de traite d'êtres humains. © Myjourney (Adobe Stock)

Financés par l'Initiative de recherche sur la traite des êtres humains (HTRI) de l'IPA, des chercheurs ont mené une évaluation randomisée afin de mesurer l'impact de l'octroi de prêts à faible taux aux micro-entrepreneurs du secteur de la construction en Inde. Globalement, peu de personnes ont contracté des prêts, ce qui a eu un effet limité sur la réduction du risque de travail forcé pour les travailleurs et a légèrement augmenté l'exploitation par le travail à risque faible à moyen. Cependant, les micro-entrepreneurs plus instruits et non migrants ont montré une amélioration de certaines formes de risque de travail forcé.

La Problématique

En 2021, environ 27.5 millions de personnes ont été soumises au travail forcé dans le monde, le secteur de la construction représentant une part disproportionnée : 16 % des cas de travail forcé, alors qu’il ne représente que 7 % de la main-d’œuvre mondiale.1 En Inde, où le secteur de la construction est le deuxième employeur avec 50 millions de travailleurs, la structure informelle et fragmentée du secteur crée des conditions propices à l'exploitation des travailleurs. Le travail passe des grands promoteurs à de multiples niveaux d'entrepreneurs, jusqu'aux micro-entrepreneurs, en bas de l'échelle, qui gèrent directement les travailleurs. Ces micro-entrepreneurs sont souvent confrontés à leurs propres difficultés financières, notamment des retards de paiement et un accès limité au crédit formel, ce qui peut affecter la gestion et la rémunération de leurs travailleurs. Cela crée un environnement propice à diverses formes d'exploitation du travail.

L'intervention

Financé par le HTRI de l'IPA et en collaboration avec GFEMS, LabourNet, Kois, Gromor Finance et Sattva Consulting, des chercheurs ont mené une évaluation randomisée en Inde afin de déterminer si l'accès aux prêts de fonds de roulement pour les micro-entrepreneurs du bâtiment pouvait réduire le travail forcé des ouvriers. Ces prêts étaient proposés à des taux d'intérêt inférieurs à ceux des prêts non garantis généralement proposés par les prêteurs formels ou informels. L'intervention comprenait également une formation à l'entrepreneuriat éthique, l'accès aux bons de travail pour pallier l'insécurité de trésorerie et un programme de jumelage pour promouvoir un recrutement éthique des travailleurs. L'évaluation a porté sur 250 micro-entrepreneurs de Delhi et de Bengaluru, deux des plus grandes villes d'Inde, répartis aléatoirement dans l'un des groupes suivants :

  1. Groupe de prêts:Les micro-entrepreneurs ont bénéficié de l’intervention complète, y compris la possibilité de demander un prêt et une formation à l’entrepreneuriat éthique, l’accès aux bons de travail pour remédier à l’insécurité des flux de trésorerie et un programme de jumelage pour promouvoir le recrutement éthique des travailleurs.
  2. Groupe de comparaison:Les micro-entrepreneurs ont eu accès à une formation à l’entrepreneuriat, à des bons de travail et à un recrutement éthique de travailleurs sans accès aux prêts.

Résultats

L'octroi de prêts à faible taux d'intérêt aux micro-entrepreneurs ne suffisait pas à lui seul à réduire l'exploitation des travailleurs. L'amélioration des conditions de travail ne se limite pas à un simple accès au capital : elle nécessite également d'aider les micro-entrepreneurs à mieux gérer les flux de trésorerie incertains. Globalement, peu de personnes ont contracté des prêts, seuls 8 % des micro-entrepreneurs ayant reçu un financement. Cela s'explique probablement par les lourdeurs administratives liées au processus de souscription (documents officiels tels que les bons de travail et les documents d'enregistrement fiscal), difficiles à fournir pour les micro-entrepreneurs informels. Par conséquent, l'intervention a eu des effets limités sur la réduction du risque de travail forcé pour les travailleurs et a légèrement augmenté les indicateurs d'exploitation du travail à risque faible à moyen, ce qui a entraîné des retards de paiement des salaires, des heures de travail plus longues que prévu initialement et des retenues salariales imprévues.

L'intervention a eu un effet positif pour certains micro-entrepreneurs, car les micro-entrepreneurs plus instruits ont réduit le risque de travail forcé pour les indicateurs de risque faible à moyen : diminution des cas de travail les jours de repos par peur, diminution des retenues salariales inexpliquées et diminution des cas de travail plus long que prévu initialement. Les micro-entrepreneurs non migrants ont également amélioré les conditions de travail des travailleurs, notamment en versant leurs salaires plus régulièrement et en réduisant les heures supplémentaires. Ces résultats suggèrent que l'apport de liquidités aux micro-entrepreneurs crée une charge de service des prêts, ce qui, dans un environnement commercial très incertain, peut limiter davantage les flux de trésorerie de leurs travailleurs. Seuls certains micro-entrepreneurs – ceux qui sont plus instruits et non migrants – sont en mesure de réorienter les liquidités accrues vers leurs travailleurs.

Références

1 « Estimations mondiales de l'esclavage moderne : travail forcé et mariage forcé », rapport technique de l'Organisation internationale du Travail (OIT), Walk Free et de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), Genève 2022

2 Deshingkar, Priya et Shaheen Akter. 2009. « Migration et développement humain en Inde ». Documents de recherche sur le développement humain (2009 à aujourd'hui), avril. https://ideas.repec.org/p/hdr/papers/hdrp-2009-13.html.


Partenaires d'exécution

Fonds mondial pour mettre fin à l'esclavage moderne
Fonds mondial pour mettre fin à l'esclavage moderne (GFEMS)
RéseauTravail
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Kois
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Gromor Finances
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Conseil Sattva
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Partenaire de recherche

Université de Californie, Los Angeles
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