La Problématique
L’Amérique latine et les Caraïbes sont confrontées de manière persistante à des niveaux élevés de criminalité et de violence. Le coût de la criminalité dans la région s’élève à environ 192 milliards de dollars américains, freinant la croissance économique et les investissements, et exacerbant les inégalités. Le Brésil illustre ces difficultés : en 2019, 39 561 personnes y ont été victimes d’homicide, ce qui en fait l’un des pays les plus violents au monde.² Bien que le nombre total d’homicides ait diminué depuis le pic de 2017, on observe une augmentation des homicides commis par la police à l’échelle nationale. En 2013, les policiers ont tué 2 212 personnes ; en 2019, ce chiffre s’élevait à 6 357, soit 16 % du total des homicides.³ Chaque État dispose d’une police militaire chargée de répondre aux appels d’urgence et de prévenir la criminalité.
L'État de São Paulo affiche le taux d'homicides le plus bas du pays, avec 9 homicides pour 100 4 habitants, et sa police militaire (PMESP) est l'une des mieux entraînées du pays. Cependant, la PMESP fait l'objet d'un examen minutieux de la part du public en raison d'actes de brutalité policière, notamment dans les quartiers défavorisés, filmés par des témoins et diffusés sur les réseaux sociaux. Afin d'accroître la responsabilisation et d'améliorer les pratiques policières, la police militaire de l'État a commencé à équiper ses agents de caméras corporelles en patrouille. Il semblerait que ces caméras aient permis de réduire le recours excessif à la force par la police dans les zones aisées du pays, où les taux de violence sont plus faibles.⁴ Toutefois, les données concernant l'efficacité des caméras corporelles dans les grandes villes multiculturelles et à forte violence comme São Paulo restent limitées.
L'évaluation
Des chercheurs ont mené une étude d'impact à São Paulo, en partenariat avec le Secrétariat à la Sécurité publique et la Police militaire de São Paulo, afin d'évaluer l'influence des caméras piétons sur les pratiques policières. Plus précisément, ils ont mesuré l'impact de ces caméras sur le recours à la force par les policiers, la perception qu'ils ont de leur activité et leurs interactions avec les citoyens. La Police militaire de l'État de São Paulo a équipé tous ses agents de caméras piétons dans 48 commissariats, couvrant des quartiers aux niveaux de revenus variés.
Résultats
Les résultats suggèrent que les caméras corporelles peuvent être efficaces pour améliorer la responsabilité policière et protéger les populations vulnérables. Le nombre de décès liés aux interventions policières dans les commissariats a diminué de 51.8 %, principalement grâce à une baisse de 71.8 % des homicides de personnes noires par la police. Cela représente entre 144 et 183 décès évités au cours des 14 premiers mois de déploiement des caméras dans la région métropolitaine de São Paulo.
Par ailleurs, les craintes que les caméras puissent réduire l'activité policière ne se sont pas confirmées. Au contraire, le nombre de signalements a augmenté, notamment pour les vols (de 17.4 %) et les violences conjugales (de 99.5 %), ce qui suggère une meilleure application des règles et un contrôle accru plutôt qu'un relâchement des efforts. Les chercheurs n'ont constaté aucun changement de comportement chez les citoyens, et attribuent la diminution du recours à la force à une meilleure adhésion aux protocoles par la police.
Analyse coût-efficacité
Les caméras corporelles se sont révélées très rentables. À un coût de 114.64 dollars américains par caméra et par mois, les retombées économiques estimées, liées aux vies sauvées, varient de 117 à 148 millions de dollars américains par an, un résultat comparable à celui d'autres réformes policières mises en œuvre au Brésil et aux États-Unis.
Impact et implications des politiques
L'étude a bénéficié d'une large couverture médiatique, avec 245 articles publiés en 2023, année de la diffusion des résultats. Elle a également suscité un vif intérêt au sein de la société civile, renforçant le soutien à l'utilisation de caméras corporelles par la police de São Paulo, qui dessert plus de 20 millions d'habitants. Par la suite, au moins quatorze autres États brésiliens ont commencé à tester ou envisagent la mise en œuvre de politiques similaires. Le ministère de la Justice a entrepris des démarches pour favoriser leur adoption à plus grande échelle.
Pour en savoir plus, lisez le document de politique KODLA ici et une publication de l'UNICEF et du Fórum Brasileiro de Segurança Pública ici.
Références
1. Nathalie Alvarado et Ana Maria Ibanez, « La criminalité pénalise les économies d'Amérique latine », Association économique internationale, 27 décembre 2024. https://www.iea-world.org/crime-is-punishing-latin-americas-economies/
2, 3. FBSP, « Anuário Brasileiro de Segurança Pública », Forum brésilien de sécurité publique, 2020, https://forumseguranca.org.br/anuario-brasileiro-seguranca-publica/.
4. Barbosa, Daniel, Thiemo Fetzer, Pedro CL Souza et Caterina Vieira. "Technologie de désescalade : l'impact des caméras portées sur le corps sur les interactions citoyens-police." (2021).
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